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ARS CRETARIAE

Une cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes

L'idée de cette cuisson était en gestation depuis un certain temps déjà. Le four, construit en automne 2008 n'avait pas vraiment été réalisé dans ce but, mais plutôt pour la cuisson de céramiques germaniques nécessitant un apport direct de combustibles dans la chambre de cuisson. Le foyer, quelque peu sous-dimensionné, avait à l'origine été prévu pour un pré-chauffage uniquement.

Les performances de l'installation paraissaient bonnes et malgré ce petit foyer, la puissance du four semblaient pouvoir suffire à une cuisson plus "classique" pour autant que ce terme ait un sens dans ce domaine de l'expérimentation. 

Et puis il y a aussi quelques autres projets en cours, dont je parlerai probablement un jour, ainsi que cette curiosité personnelle qui m'incite toujours à sortir des chemins battus...

Bref, cet essai était devenu incontournable. D'autres suivront, c'est certain.

Le four utilisé pour cette cuisson reprend certaines fonctionnalités d'une installation construite quelques années auparavant au village lacustre de Gletterens. C'est un four à volume unique, à flammes vives donc. Il n'existe pas de séparation entre le foyer, la chambre de chauffe et le laboratoire. 

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

En fait c'est un simple puits muni d'un petit foyer débouchant dans sa partie inférieure. Une languette centrale et de petites banquettes latérales premettront de coincer ls plus gros récipients de manière à ménager un passage pour le feu.  Quelques morceaux de tuiles éviteront aux gobelets de tomber dans le fond du four.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le choix des céramiquies à cuire avait été dicté par la nécessité de bien comprendre le comportement du four en tout premier lieu. Diverses argiles avairent été choisies pour cet essai, le résultat final devant quider la sélection finale des terres pour le tournage des poteries mérovingiennes. En ce qui concerne les formes, ce sont essentiellement des pots bicôniques ou globulaires, des écuelles et un pichet à bec tubulaire qui ont été choisis. Rien que de très classique pour l'époque. Quelques pièces gallo-romaines et gauloises de commande complètent l'assortiment.

La cuisson a été prévue "réductrice", et les coloris devraient se situer dans les gris clairs à sombres. Pour obtenir ce résultat, le four devra être entièrement fermé en fin de cuisson, sans être totalement étanche.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Une fois l'enfournement terminé, on réalise une bonne couverture constituée de tessons et de quelques assiettes fissurées convenant parfaitement à cet usage. Et c'est la mise à feu!

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Il faut veiller à ne pas chauffer trop violemment au début. Quelques explosions après une demie-heure de cuisson viendront nous rappeler à la prudence...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Moins de deux heures après la mise à feu, le rougeoiement apparaît sous les tuiles de couverture. On aperçoit bien une des asiettes de couverture éclatée lors des explosiopns qui sont précédemment survenues.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Peu après, les gaz de combustion se réenflamment dès leur sortie de la couverture de tessons, et le rougeoiement s'est intensifié.  Dès que la suie recouvrant la couverture s'est consumée et que les tessons ont blanchi, on peut arrêter la cuisson. 3 heures et demie se sont passés depuis l'allumage.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le foyer est obturé et scellé au torchis...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Pour la charge à cuire est recouverte de terre meuble, lègèrement tassée. Les gaz de combustion resteront ainsi enfermés dans le four et "brûleront" les oxydes métalliques qui donnent la couleur rouge de la terre cuite.

C'est le phénomène de la réduction, expliqué plus complétement dans cet article: 

http://arscretariae.romandie.com/post/15150/140272

Puis on laisse reposer le tout pendant 24 heures...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

ça bourronne et ça fume tout gentiment prendant la nuit...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Et le lendemain, après avoir dégagé la terre et ôté la couverture de tessons, le résultat apparaît, dans les cendres et la poussière. C'est encore très chaud, gare aux brûlures!

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le résultat est bon. les pièces sont bien cuites et sonnent clair au choc. Les coloris vont du gris clair au très sombre, parfois noir métallique par endroits. Ce sont des tons assez typiques, mais pas systématiques pour ce genre de production. On trouve aussi toute une production réalisés dans des tons plus clairs, allant de l'orange au beige "bistre", résultant de cuissons oxydante réalisés sans fermeture du four en fin de chauffe.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Deux pots bicôniques et un globulaire. Les décors sont réalisés à la molette. Pour les spécialistes. la molette de gauche est inspirée de la No 1 de l'atelier de Soissons, et celle de droite, cosntituée d'oves surmontant une ligne de points est reprise d'une découverte décente de l'atelier de Vanves en région parisienneCuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009.

Un pichet à bec tubulaire inspiré des productions de l'atelier de Vanves, et son décor d'oves caractéristique. La terre utilisée ici est grossière et de structure très hétérogène. C'est une argile rustique, sas préparation spécifique. Elle est pétrie, puis tournée à peine extraite de la carrière. Un peu trop grossière par rapport à la pièce originale.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Quelques assiettes Alzei 9/11, copies de pièces du début du VIème siècle, portant toutes un décor moleté.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Et ici le résultat des explosions entendues en début de chauffe. La montée trop rapide de la température a provoqué des éclatements en "cupules de vaporisation" pour les deux pièces sombres, et une coupelle s'est déchirée et déformée sous l'excès de chaleur. Ce sont là des accidents très fréquents lors de ce genre de cuissons...

Malgré ces petites misères, l'essai est réussi, et le résultat est bon. Les céramiques mérovingiennes ne sont pas cuites à très haute température, 7 à 800 degrés généralement pour la pluspart d'entre-elles. Toutefois, la technique de chauffe, assez brutale, donne souvent des résultats très irréguliers, les pièces étant surcuites en fond de fournée, et sous-cuites en surface. Celles qui sont insuffisamment cuites peuvent toujours être replacés dans la fournée suivante, mais les surcuites sont souvent irrémédiablement endommagées, fissurés ou déformés et impropres à la vente. Ce sont ces dernières que l'on retrouve aujourd'hui dans les rebuts qui jonchent les alentours des fours et les sols des ateliers de potiers

 


Une cuisson de céramiques carolingiennes

Juin 2005. Le four a mal supporté l’hiver. Suite au gel, la voûte de l’alandier s’est effondrée et la coupole s’est passablement effritée. Petites misères de potiers… Donc, on répare d’abord. Cette fois, la voûte est reconstruite sur un châssis, posée sur des pilettes latérales. La précision sera meilleure et l’ensemble plus solide.

Malgré les apparences, ce n’est pas un très gros travail, deux heures à peine suffisent, et le tout est remonté. On peut lancer la cuisson. L’alandier étant encore très humide, la montée en température sera quelque peu ralentie, sans que cela soit dommageable pour les poteries.

 

 

Le but était de cuire une série de céramiques dites « de Pingsdorf » du nom d'un célèbre centre potier carolingien établi autour de ce village situé un peu à l’est de Cologne, dès la fin du VIIIème siècle. Ces céramiques ont eu un grand succès et ont été exportées jusqu’en Hollande, Belgique, nord de la France et Sud de l’Angleterre. Elles ont initié le style à décor flammulé, qui sera un peu plus tard repris notamment par les potiers de Seine st.-Denis entre les Xème et XIIème siècles.

Cruches, bouteille et gobelets de Pingsdorf

 

Vases et gobelets globulaires de pingsdorf. Bien calibrés, les gobelets on la faculté de teir debout quand ils sont vides, mais pas lorsqu'ils sont pleins...

La mise à feu est faite en fin d’après-midi. La nuit promet d’être belle, et l’obscurité permet un bien meilleur contrôle des températures, vérifiées à l’œil selon les couleurs d’incandescence.  Ci-dessous, on voit le rougeoiement des pots en cours de cuisson.

 

Magie des cuissons nocturnes. On voit bien la flamme d’échappement, indicateur très précieux des températures et de l’atmosphère de cuisson.

 

Le lendemain, la collerette du four est descellée, et on peut maintenant voir le résultat par l’ouverture.

Opération réussie ! Pas de casse, tout est parfaitement bien venu. Les céramiques de Pingsdorf sont restées très claires, blanc cassé et les peintures réalisées à partir de barbotine d'argiles très ferrugineuses ont bien pris, avec un début de grésage. Trois pièces de St.-Denis sont issues d’une argile calcaire locale, plutôt beige clair. Quelques gobelets gallo-romains servent de témoins de comparaison. La température  de cuisson s’est située entre 950 et 1000 degrés, en régime oxydo-réducteur et post-cuisson oxydante, ce qui est le fonctionnement normal d’un tel four lorsqu’on ne recherche pas une production de céramiques grises ou noires.

 Illustrations de céramiques de pingsdorf tirées de: 

D’Anna A. , Desbats A.,  Garcia D. , Schmitt A. , Verhaege F. : LA CERAMIQUE, La poterie des temps néolithiques aux temps modernes. Ed Errance, Paris, 2003,  ISBN 2 87772 243 0


Construction d'un four mérovingien à languette

C’était en 2004. Village lacustre de Gletterens. Cet archéosite est une restitution d’un village préhistorique lacustre, sur les bords du lac de Neuchâtel.

http://www.village-lacustre.ch/

L’objectif était la construction d’un four de potiers à languette tels que ceux qui étaient utilisés de la période gauloise jusqu’aux temps carolingiens. Ces fours sont généralement de construction assez rustique. A partir d’une fosse en forme de « Y » creusée dans le substrat qui, si il est assez solide et compact, ne nécessitera pas de maçonnerie de renfort, on construit directement une voûte d’alandier, puis la coupole qui conservera une ouverture suffisante pour charger les céramiques par le haut.

 

Ce type de four convient plutôt aux céramiques claires. Pour obtenir une réduction et des tons sombres, il vaut mieux construire une coupole complète comportent une ouverture pour les fumées, et dans laquelle on aura aménagé une porte de chargement qui sera scellée au torchis une fois la charge enfournée. Ces fours sont plus faciles à étancher pour les cuissons en atmosphère confinée.

Les fours à languette ont déjà été utilisés durant les âges du fer. Ils semblent plus rares en période romaine, pendant laquelle on leur préfère des installations à sole fixe, une sorte de dalle intermédiaire dans laquelle des ouvertures sont aménagées sous le passage des gaz de combustion, et permettant un empilement plus facile de la charge à cuire. Les installations à languette sans sole permanente reprennent du service dès le début du haut-moyen-âge. Parfois, comme à Sevrey, des pots posés à l’envers remplaçaient la languette. D’autre fois, ce sont de « cigares » de terre cuite qui font office de support lorsque les récipients trop petits risquent de tomber dans les couloirs de chauffe. Ces fours peuvent se construire rapidement et facilement, mais sont peu solides et le passage de l’hiver est parfois aléatoire…

Les bords de la fosse sont rectifiés, et on peut immédiatement construire la voûte de l’alandier. Un simple tronc servira de coffrage, il sera retiré sitôt la voûte terminée.

 

Dès lors, on peut monter la coupole, ici faite de briques crues constituées de torchis. Ce mélange d’argile et de paille résiste bien aux très fortes contraintes thermiques et le risque d’éclatement est réduit au minimum. Ces briques sont posée à cru, encore humides afin de pouvoir être cintrées facilement. On aperçoit les "cigares" d'argiles qui formeront le support des vases trop petits pour être coincés latéralement.

 

Une fois la coupole terminée, on bouche les joints à l’argile, et on bat avec une grosse spatule pour bien tasser le tout. On peut immédiatement y entretenir un petit feu pour accélérer le séchage. Il est cependant préférable d’attendre quelques jours afin que le tout se tasse naturellement. Fumées âcres et assez pestilentielles garanties, surtout si le torchis a commencé à fermenter…

 

Puis le four doit être cuit afin de se solidifier, et il pourra être utilisé. Nous y avons réalisé diverses cuissons gallo-romaines et haut-médiévales. Son diamètre intérieur est de 60 cm. et son comportement s’est révélé parfait, on a pu y réaliser des cuissons à des températures proches de 1100 degrés. On nomme parfois ce type d’installation « four à banquettes » dans le cas présent, il s’agissait d’une languette intérieure et de banquettes latérales, mais dans les installations de plus grandes dimensions, on peut trouver deux languettes internes.

Dès que l'installation est cuite, il est préférable de remblayer en partie la coupole. La pression de la terre maintiendra l'ensemble en place lorsque les inévitables fissures de dilatation se formeront.

Un joli petit four qui nous a offert quelques belles cuissons et nuits mémorables!

Réalisé avec le potier médiéviste Eric "Pépin" Angehrn, Atelier Ceramed, Estavayer-le-Lac