Voeux 2010
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09 Janvier 2010 à 14:09 dans
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Troisième volet de la céramique à enduit argileux:
LA CERAMIQUE A PAROIS FINES
S’il existe bien une catégorie de céramiques qui déroute le profane, mais aussi le céramiste contemporain, c’est bien celle dénommée « à parois fines » par les archéologues !
Dénommée ainsi par la finesse parfois stupéfiante de ses parois, son origine se perd dans la nuit des temps. Déjà aux âges de pierre ou des métaux, on peut observer des pièces, souvent modelées, dont la finesse des parois nous étonne et dont la raison nous échappe. Au début ce furent bien entendu uniquement des pièces modelées qui arboraient cette minceur étonnante.
Raison technique, pour éviter les éclatements dus à des montées en vapeur intempestives de l’humidité résiduelle ? Peut-être, du moins dans les temps reculés cette raison aura-t-ele joué un rôle. Economie de matière ? Peut- être aussi, préparer une bonne argile, facile à travasiller et de bonne tenue au feu est un très gros travail quand il s’agit de le faire manuellement. Il est donc logique qu’on ait cherché à économiser cette matière première.
Les premières pièces tournées étaient cependant épaisses, la technique de fabrication au tour différant considérablement du modelage fin. Mais déjà la Grèce classique connut des vases à parois fines, parallèlement à des pièces beaucoup plus épaisses, notamment certaines formes à « figures rouges » et à « figures noires.
C’est seulement à l’époque romaine, républicaine plus précisément, que ce type de céramiques va devenir très fréquent, et concerner tout particulièrement les vases à boire, coupes et bols, tasses et gobelets.
Les niveaux anciens de Pompei, tout comme les sites du Midi de la France livrent ainsi bon nombre ces récipients dès la première moitié du IIème siècle av. J.-C. ( SFECAG, Actes du Congrès de Vallauris, 2004 : Marie Truffeau-Libre, La céramique romaine de la maison 1.9.9 à Pompei)
Ces céramiques républicaines parfois tournées comme les premiers exemplaires sombres ci-dessus, pouvaient aussi être moulées comme la tasse en illustration ci-dessous, mais n’étaient pratiquement jamais recouvertes de vernis. Leur couleur était noire ou grise en cuisson réductrice ou rouge en cuisson oxydante.
Dès l’extension de la zone d’influence romaine en Narbonnaise, puis dans les Gaules, de nombreux ateliers vont se développer en Italie du Nord, notamment pour alimenter les armées. Les légionnaires de temps de César portaient tous dans leur équipement un gobelet à parois fines transporté dans un étui de protection rigide en cuir bouilli.
Une forme fuselée caractéristique des productions anciennes. L’exemplaire de droite en photo a été découvert dans le sanctuaire gaulois de Mirebeau, près de Dijon. Ils sont parfois très grands, approchant les 20 centimètres de haut. Datation entre 150 et 50 avant notre ère. Les exemplaires équipant les militaires étaient toutefois nettement plus petits, avec une panse généralement guillochée.
Une forme très fréquente, mais un peu plus tardive, entre -50 et 25 de notre ère. Les anses à pouciers sont caractéristiques de cette production typiquement italique, parfois imitée par les ateliers gaulois. Elle peut être moulée ou tournée, puis décorée par motifs d’applique comme sur la photo, ou encore décorée à la barbotine. C’est la continuation logique du skyphos grec.
Cette vaisselle va donc, comme la sigillée, se diffuser simultanément avec l’avancée des armées, notamment pour les régions qui nous intéressent, avec les légions de César. Elle n’était toutefois pas totalement inconnue dans les gaules, le commerce du vin avait déjà quelque peu contribué à la diffusion de petites quantités de ces récipients.
Et, comme ce fut le cas pour la céramique sigillée, pour se rapprocher de leur clientèle, des ateliers de Padanie ouvrirent des succursales dans les Gaules, notamment à Lyon, avec les ateliers de La Loyasse et de La Muette, actifs dès 30 av.J.-C pour le premier, et 20 av. J.-C. pour le second. Le phénomène de la délocalisation des entreprises n’est donc pas nouveau.
Un « Gobelet d’Aco » tel qu’il s’en produisait vers le tournant de l’ère à Lyon. Ce genre de vase à boire est ainsi nommé par la découverte de très nombreux exemplaires signés HILARVS.ACO, tous moulés et presque toujours de la même forme fuselée caractéristique. L’exemplaire ci-dessus, signé CHRISIPPVS, pourrait bien provenir de Lyon, de l’atelier découvert dans le quartier de la Muette, actif entre les années 20avant et 5-10 de notre ère, sur les bords de la Saône. L’organisation et le style de son décor, ainsi que l’absence de revêtement sont caractéristiques de ce Maître. Les décors à semis de picots sont toutefois les plus fréquents à la Muette.
Ils peuvent être signés HILARVS ACO, CHRISIPPVS, mais aussi de T.C.AVIVS EPIPHANES ou PHILOCRATES. D’autres ateliers ouvriront bientôt et fabriqueront ce type de gobelet à Lezoux, (Près de Clermont-Ferrand) et dans la vallée de l’Allier. Certains d’entre eux pourraient être des succursales des ateliers lyonnais, ou peuvent avoir employé de la main d’œuvre issue de ces centres de production tant la technique est semblable dans ces divers centres. Occasionnellement on peut trouver des exemplaires revêtus d’une glaçure au plomb jaunâtre. Tous ces gobelets sont typiques de l’emprise de l’influence italique en Gaule. Leur technique de fabrication, que ce soient les moules ou le moulage, reste un mystère. Le moule, sous forme de tube cônique ouvert aux deux extrémités, doit être gravé ou imprimé en creux à l’intérieur. Toutefois, leur diamètre n’est pas suffisamment important pour que le décorateur puisse y passer la main, ce qui nécessite l’usage d’outils longs et recourbés, ainsi que de poinçons à pression latérale. Les picots semblent estampés un à un, or il s’en trouve fréquemment plusieurs milliers, parfaitement organisés en quinconce, parfois sans le moindre défaut d’alignement…
Peu après le tournant de l’ère, une petite révolution interviendra. Dès l’ouverture de l’atelier de La Butte à Lyon, vers 20 de notre ère les potiers changèrent d’argile, et utilisèrent désormais une terre calcaire enduite d’un revêtement argileux. Les raisons exactes de ce changement nous échappent, peut-être que la terre calcaire de Lyon se tournait plus facilement, peut-être qu’il y avait moins de casse à la cuisson ? Mais il est probable que la couleur de la terre cuite calcaire, qui vire facilement au beige parfois un peu verdâtre en cas d’excès de cuisson a joué un rôle et nécessité la pose d’un revêtement d’argile siliceuse.
Ce changement va, comme une traînée de poudre, se répandre dans tous les ateliers de la même époque, et vers les années 20 ou 30 de notre ère, presque toutes les céramiques à parois fines seront enduites d’un vernis argileux. Le répertoire des formes et décors s’appauvrira toutefois quelque peu, et la forme ACO disparaîtra progressivement au profit de lignes plus basses, et notamment d’une foultitude de bols à carène basse. La plupart des ateliers vont travailler sur ces même répertoire de formes, et il est parfois très difficile d’identifier l’origines de certains exemplaires sans recourir aux analyses physico-chimiques..
Le prototype des bols à carène basse. L’origine de cet exemplaire est inconnue, presque tous les ateliers l’ont pratiquée. L’aspect sableux des parois est obtenu par application de grains de terre cuite recouverts d’un vernis argileux. Malgré cet aspect très rustique, on peut classer ces objets dans les catégories de la céramique de luxe.
Ce genre de céramique connaîtra un succès assez étonnant, et la zobe de diffusion de l’atelier de la Butte englobera une bonne partie de l’Occident romain. La première typologie, de Graham Greene, sera établie presque essentiellement sur la base des découvertes faite dans les Iles Britanniques… En Suisse, ce sont par centaines que ces bols et gobelets sont retrouvés dans le camp légionnaire de Vindonissa. Malheureusement, l’extraordinaire finesse de leurs parois les rend très fragiles, et trouver un exemplaire intact est rare.
Deux bols issus de l’atelier de la Butte à Lyon. (Photos Eric Bertrand) Le décor sablé et les appliques grénelées sont caractéristiques de cette production.
Crépis et écailles sont aussi des décors typiques, des productions à parois fines du Ier siècle. Ratés de cuisson de l’atelier de La Butte, Lyon. Photos Eric Bertrand.
Le crépi ou le sablage ont pu à l’origine avoir une vocation utilitaire. On mangeait beaucoup avec les doigts, et ces décors avaient probablement une fonction antidérapante. Toutefois on peut s’interroger sur la philosophie sous-jacente qui a conduit à la perpétuation de ce genre d’enduit. Il n’est pas exclu que l’on choisissait volontiers certains types de vaisselle volontairement rustiques par esprit stoïcien. Pour les Romains, pouvoir se revendiquer d’une origine paysanne était un grand honneur. Les patriciens à l’origine étaient ceux qui possédaient la terre et la cultivaient, ils détenaient le patrimoine. Boire dans le bol de simples paysans pouvait peut-être se comprendre comme une forme de respect pour les ancêtres, pour ses origines. On observe ce phénomène dans d’autres civilisations, au Japon notamment.
Un gobelet à dépressions d’origine inconnue, et un gobelet probablement lyonnais à écailles.
Si la variété des formes a tendance à décroître dés le début de l’ère, la palette des décors aura au contraire tendance à s’accroître durant le premier siècle de notre ère, et la qualité des revêtements va s’améliorer.
Un petit gobelet à décor de picots. On voir clairement les traces du feu subi lors de la cuisson. Ces gobelets ont été empilés dans le four et le pied du récipient n’a pas subi l’action directe des flammes, il est resté rouge. La partie supérieure a viré au noir par l’effet des gaz de combustion.
Un lot de tessons d’origine diverses. La plupart de ces récipients ont été moulés dans des formes creuses.
Du point de vue actuel de la fabrication, la céramique à parois fines est difficile à aborder pour le potier moderne. Tourner des pièces dont les parois avoisinent le millimètre d’épaisseur nécessite plusieurs opérations délicates. D’abord, il faut tourner la pièce le plus finement possible. Ensuite, on laisse raffermir quelque peu la pièce, puis on procède par enlèvement de copeaux, c’est l’opération du tournassage.
Cette production de céramiques à parois fine se poursuivra tout le long du premier siècle de notre ère. Cependant petit à petit, les parois vont un peu s’épaissir, et le répertoire des formes et décors va se diluer dans d’autres tendances. On moulera moins et on tournera plus. Dès le début du IIème siècle, de nouvelles formes viendront annoncer une nouvelle tendance plus libre. Sablages et crépis rustiques vont disparaître et toute une gamme de décors plus sophistiqués verra le jour.
Ce sera la période de la « vraie » céramique à revêtement argileux, ainsi nommée par les archéologues et autre spécialistes.
Ce sera pour un (ou plusieurs, car le sujet est vaste..) prochains articles.
Pour en savoir (beaucoup) plus sur les céramiques à parois fines lyonnaises, l'étude très comlète d'Eric Bertrand, que je remercie ici pour l'excellence de son travail.
Avertissement: C'est une Thèse, donc assez...touffu!
Eric BERTRAND
LA PRODUCTION DES CÉRAMIQUES À PAROI FINE À LYON,
LES CÉRAMIQUES ATTRIBUÉES OU APPARENTÉES À L’ATELIER DE LA BUTTE
(typologie, chronologie et diffusion)
Université Louis Lumière - Lyon II
THÈSE pour obtenir le grade de docteur de l’université Lumière Lyon 2, 23 05 2000
Fabriquer de la céramique à parois fines gallo-romaine !
Un tel exercice est assurément un des plus délicats de toutes les nombreuses variétés de céramique antique. Il demande une longue expérience et par moments un calme à toute épreuve. Le moindre faux mouvement et la pièce est irrémédiablement endommagée.
La série de clichés illustrant cet article sont tirés de plusieurs fabrications distinctes. J’ai choisi les plus représentatifs d’entre eux afin d’illustrer au mieux cet article.
Le tournage ne pose pas de problèmes particuliers. Il est malgré tout important de tourner le plus fin possible en fonction de la tenue de la terre :
Comme souvent pour les gobelets, il faut en premier développer la panse, et si le col est trop étroit pour laisser passer la main, on le rétrécit en dernier par étranglement.
La pièce est ensuite laissée à sécher quelques heures afin qu’elle se raffermisse.
Vient ensuite l’opération la plus importante et probablement la plus délicate, le tournassage, qui consiste à amincir les parois par enlèvement de copeaux au moyen d’un outil coupant.
Travailler sur un tour moderne est une chose. Procéder à cette opération sur un tournette romaine à main en est un autre… Ici, le cliché a été pris lors d’une démonstration costumée, lors des journées gallo-romaines de St.-Romain-en-Gal. C’est une installation très rustique, avec un peu de jeu dans l’axe, donc à priori peu adaptée au travail de grande précision. De petits tours de main permettent toutefois de fabriquer des vases aux parois étonnamment minces. Ici l’épaisseur du col doit approcher 1 mm.
Retouche du col. La pièce est placée dans un mandrin afin d’être calée le plus fermement possible sans se déformer. Puis on procède à l’amincissement du pied.
Dés le tournassage terminé, on procède au polissage.
Cette opération se fait au galet, y compris le marquage des éventuels sillons qui délimiteront le champ du décor.
Immédiatement après on applique au décor. Que ce soit par impression, pose de motifs d’applique ou décor à la barbotine, on travaille lorsque la pièce est encore « verte », c'est-à-dire humide et tendre pour éviter que les décors se décollent lors du séchage. La placer sur un support diminue les risques de déformations et de marques de doigts.
Les décors à la barbotine sont difficiles à appliquer régulièrement. Il n’y a pas de droit à l’erreur. Les coulures sont impossibles à effacer et laissent toujours des traces disgracieuses. Les écailles sont formées de petites gouttes de barbotine étalées à la spatule..
Après quelques jours de séchage, les pièces sont engobées d’un revêtement argileux,
Puis mises à sécher encore quelques jours. On pourra alors les cuire. Une température de 950 à 1000 degrés vitrifiera partiellement le revêtement et leur donnera cette belle robe brun-rouge caractéristique des céramiques gallo-romaines cuites dans les fours à flamme nue.
A gauche, un gobelet lyonnais à picots, à droite des gobelets de Gaule du Centre à décor de cordons fendus. Ce style de décor est très fréquent dès la seconde moitié du premier siècle de notre ère.
Deux bols lyonnais à appliques grénelées. Ces appliques sont faites de petites pastilles de terre collées avant cuisson et engobage.
Deux bols à parois sablées.
Et enfin, deux autres bols de style lyonnais, l'un crépi et l'autre au décor guilloché.
Et les pièces moulées ?
Eh bien, ô lecteur, cela viendra un jour. Mais d’abord il faut que je fabrique un moule… Et ça, c’est toute une aventure…
Deuxième partie:
La Sigillée, de ses origines italiques à son apparition dans les Gaules
Ah ! La sigillée ! Que n’en a-t-on pas dit ! C’est assurément la plus connue des « spécialités » en céramique d’époque romaine. Cette dénomination est source de nombreuses confusions, et il sera plus clair de mettre au point cette terminologie.
Pour les potiers et céramistes contemporains, la « sigillée » est un vernis argileux, une sorte d’engobe, vitrifié ou non, qui peut occasionnellement être coloré au moyen de pigments ou d’oxydes métalliques. Par extension, la sigillée définit une céramique dont le revêtement à base d’argile devient brillant par polissage ou par vitrification. De ce point de vue, la sigillée englobe presque toutes les formes de céramiques antiques à vernis argileux.
Pour les archéologues et céramologues, ce vocable définit plus précisément les céramiques tournées ou moulées, décorées ou non, revêtues d’un vernis argileux brillant, et cuites en atmosphère oxydante pour leur donner un ton allant du rouge sang au brun-rouge uniforme. Ces céramiques sont souvent marquées d’une estampille montrant généralement le nom du potier ou de l’atelier qui l’a réalisée. Exceptionnellement, cette sigillée peut être noire. Les autres variantes de céramiques à revêtement argileux sont définies par des termes plus spécifiques.
Pour plus de commodité et précision, j’utilise le langage des archéologues dans les articles traitant de ces sujets. Et j’évoquerai la céramique sigillée « strictu senso » dans les quelques lignes qui suivent.
Où situer l’origine de la sigillée, cette belle céramique antique à vernis argileux rouge uni ? Il est toujours difficile de répondre à cette question tant la chronologie de l’apparition de nouveaux types céramiques est difficile à établir.
L’Italie avait une longue tradition de céramiques à vernis noir, héritée du temps des cités grecques du Sud de la Péninsule. Les plus célèbres furent les campaniennes, mais d’excellents ateliers étaient aussi établis en Calabre ou en Sicile. La composition des vernis qui enduisaient ces pièces était telle qu’elles nécessitaient une forte réduction en fin de cuisson pour assurer la couleur noire du revêtement. Le moindre défaut de régime, un peu d’air atmosphérique qui rentre dans le four lors de cette opération, et la fournée était « ratée ». Nos pas inutilisable, mais le vernis virait au brun, voire au rouge et les pièces étaient dépréciées. On sait maintenant qu’elles étaient tout de même commercialisées, peut-être à un prix légèrement inférieur. On retrouve bon nombre de telles pièces un peu oxydées lors des fouilles, mais ce ne sont généralement pas celles que l’on expose dans les musées. Et parfois même, ce que l’on juge aujourd’hui comme une imperfection, était corrigé à l’encre de Chine pour les expositions. Louable intention, peut-être estimait-on que le temps avait altéré le vernis, et que l’on se devait de corriger cette injure à la noblesse originelle supposée de la pièce. C’était ne pas connaître le délicat processus de cuisson et tous les aléas qui y sont liés. Le petit défaut ne fait-il pas parfois le charme, et n’écrit-il pas son histoire et celle de la personne qui a réalisé cette céramique ?
Un couvercle de lekanis grecque. La réduction a mal pris et le vernis argileux est resté brun-rouge alors qu'il aurait dû être noir. ( Vème s. av. J.-C.)
Une coupe Campanienne A de Lattes. Le vernis souffre de défauts d’épaisseur et de réduction. Les marques de doigts lors du trempage sont restées très visibles.
Ces deux illustrations montrant des reflets rouges accidentels, on peut démontrer que la couleur originelle de ce vernis se situe dans les bruns-rouges selon les argiles utilisées, et que, en fait, l’amener au noir est une sorte d’accident de cuisson volontairement provoqué. Une cuisson totalement ratée donnera un brun-rouge plus ou moins uniforme. Certains revêtements argileux peuvent tout aussi bien donner une céramique campanienne noire parfaite qu’une sigillée rouge. Il suffit de jouer sur les cuissons…
Les modes étaient aussi tyranniques aux temps antiques qu’aujourd’hui, et chaque vêtement, chaque accessoire, chaque objet était un marqueur social. Il en résultait donc une évidente inertie, parfois forte, qui s’opposait au changement et à l’évolution rapide des courants esthétiques. Comment en arriva-t-on à la sigillée ? C’est un mystère. Initiatives individuelles suite à des accidents de cuisson qui révélèrent les possibilités de vernir les céramiques en rouge vif ? Mode importée de la partie orientale du monde méditerranéen ? Peut-être un peu des deux. Toujours est-il que dès leur apparition, ces belles céramiques rouge vif connurent un immense succès, d’abord auprès des militaires, dont le pouvoir d’achat permettait aisément de s’approvisionner auprès des ateliers Italiques, puis auprès des civils également.
Techniquement, passer de la céramique à vernis noir à la sigillée ne représentait pas un saut technologique très important. La composition des vernis est assez semblable, seuls des détails de composition des argiles peuvent varier.
Le seul obstacle technique se situe dans la méthode de cuisson. Alors que les céramiques à vernis noir nécessitent une atmosphère réductrice, donc exempte d’oxygène et riche en CO (monoxyde de carbone), voire en méthane (CH4) issu des gaz d’une combustion incomplète, les vernis rouges exigent un environnement oxydant, donc riche en oxygène, et par conséquent si possible totalement exempt de gaz de combustion et de fumées. Les potiers antiques ont résolu le problème en équipant leurs fours de tubulures canalisant aussi bien le feu que les gaz de combustion. Le résultat obtenu est une installation fonctionnant par rayonnement thermique uniquement, et assez proche des fours électriques actuels.
Les tubulures n’étaient pas inconnues. Elles furent parfois utilisées pour protéger certaines pièces particulièrement délicates des coups de feu. Dans ce cas elle n’équipent qu’une partie de la hauteur de la chambre de cuisson du four. La tubulure intégrale n’est qu’une évolution, pas une révolution.
Un four à sigillée ici restitué selon le modèle du grand four de la Graufesenque à Millau (F). On y voit clairement les tubulures destinées à canaliser les flammes et ainsi protéger les céramiques de tout « coup de feu » qui créerait des zones sombres sur les récipients qui y seraient exposés.
Un four à sigillées tardives de Meaux, dans la région parisienne. Cet exemple illustre parfaitement ce genre d’installation dans laquelle le chauffage se fait essentiellement par les parois, mais aussi par quelques tubulures internes. Datant du IVème siècle de notre ère, cette installation montre bien la longévité exceptionnelle de cette mode de consommation aussi bien que le la téchnique que nécessitait sa fabrication.
Les deux exemples ci-dessus montrent bien l’évolution technique à laquelle les potiers antiques ont été confrontés. Ces fours, parfois très rustiques dans leur construction, tiennent toutefois d’une haute technologie et d’une parfaite compréhension des phénomènes liés à la combustion et au travail à haute température, qui peut dans certain cas atteindre plus de 1100 degrés, voire 1180 pour le maximum. Leur entretien est délicat, les tuyaux, toujours en terre, cassent facilement, et doivent impérativement âtre entièrement démontés après chaque cuisson pour remplacer les sections défectueuses. Une collerette est posée entre chaque tube, qui servira de support aux étagères d’enfournement.
Cette céramique apparaît entre 50 et 30 avent notre ère, principalement à Arrezzo en Italie actuelle, par tâtonnements à partir de la Campanienne noire. Dès le processus de fabrication mis au point, sa diffusion va profiter des circuits commerciaux déjà établis pour cette campanienne qui avait connu un immense succès. L’apogée de la sigillée italique se situe dans le règne d’Auguste, entre – 30 et 15 de notre ère.

Un calice moulé et deux coupelles tournées. Assez représentatifs de la sigillée italique, ces récipients seront exportés loin à la ronde. Le calice, par exemple a été retrouvé à Metz. Pour les archéologues, ce sont des marqueurs chronologiques importants. On en retrouve des exemplaires en fouillant des camps militaires temporaires dont l’occupation est bien datée. Ensuite, en comparant avec les sites de production, puis d’autres sites de consommation, on arrive à établir des chronologies très précises, parfois à 5 ans près, qui sont très utiles dans la compréhension de l’histoire antique.
Dès 15 avant notre ère, le succès commercial de ces produits va engendrer deux phénomènes trop bien connus aujourd’hui. La délocalisation, qui se manifeste notamment à Lyon, où un ou plusieurs ateliers d’Arrezzo vont ouvrir des succursales, notamment pour se rapprocher des camps militaires du Rhin, mais aussi pour satisfaire la demande des Gaulois en cours de romanisation.
L’imitation ensuite. Peut-être à partir de petites succursales, des ateliers gaulois vont voir le jour, notamment à Millau-la Graufesenque et Montans. Rapidement, ces ateliers indigènes vont se développer et une production proprement gigantesque apparaîtra, spécialement à La Graufesenque, probablement le plus grand centre de production de sigillée de l’Antiquité.
Une assiette « Dragendorff 17 » de La Graufesenque, signée du potier Quadratus. Un travail parfait, témoin de l’immense maîtrise de ces potiers gaulois.
Une pièce « Dragendorff 29b » également de La Graufesenque, découverte intacte à Metz. Après 2000 ans passés en terre, le revêtement est resté tel qu’il était à l’origine. Absolument parfait. La résistance de ces vernis stupéfie toujours archéologues et céramistes…Cette pièce est moulée, au contraire de la précédente qui est tournée.
Tesson d’une sigillée moulée de Montans. Les potiers de cette localité firent preuve d’une belle maîtrise, sans toutefois égaler ceux de La Graufesenque.
Je traiterai prochainement des ateliers gaulois qui ont fabriqué de la céramique sigillée. Le sujet est très vaste et ne pourrait raisonnablement pas être traité dans cet article.
On ne saurait terminer ce tour d’horizon sans évoquer (enfin!) l’estampille, le sceau, le sigillum qui a donné son nom français à cette catégorie de céramique.
Une estampille de PASSIENUS de La Graufesenque. Sa graphie O PASN, éventuellement O PASA se lit ainsi : O[FFICINA] PAS[SIE]N[US]. De l’atelier de Passienus. Entre 54 et 69 de notre ère. D’autres exemplaires de cette estampille sous cette forme ont été découverts à Londres, à Amiens et à Mayence. Ce qui donne une petite idée de la zone de diffusion de cet atelier… Mais il faut dire que c’est un des potiers les plus connus de ce centre de production, et ses estampilles sous toutes les formes sont répertoriées par milliers…Très rare exemplaire d’une estampille du potier VIBIUS de Montans, découverte en Suisse romande, à Yvonand. Sa graphie, VIBI F se lit ainsi : VIBI[US] F[ECIT]. Fait par Vibius. Elle est peu connue, et sa datation se situe entre les règnes de Claude (41-54) et Vespasien(69-79). Le cartouche en forme de losange est unique.
Prochain article sur la sigillée :
Les ateliers gaulois de sigillée au Haut-Empire
Tout bientôt…
Peut-être…
Animations et stages
Programme 2010
10, 11, 16 et 17 mars, 13.30-17.30 h. Stage; Modelage, de la préhistoire aux temps modernes. Tous publics dès 16 ans. Plus de détails ici: http://arscretariae.romandie.com/resource/15150/478602
20-21 mars: Orange : Marché de l’Histoire (organisé par l’APHV).
http://www.histoirevivante.org/
26-27-28 mars : Lausanne, Centre de loisirs USL Pôle Sud. Stage céramique gallo-romaine.10-11 Avril : Pontoise (F) : Marché de l’Histoire (organisé par l’APHV).
http://www.histoirevivante.org/
25-27 avril: Villeneuve d'Ascq, Parc archéologique Asnapio (Lille)
Pour en savoir plus: http://www.villeneuvedascq.fr/index.php?site=3&rub=80
8-9 mai Morges (CH) Les potiers dans les tulipes. Le plus grand marché de potiers de Suisse. http://morges.potiers.ch/
13-16 mai, Chelles (F), congrès SFECAG
22-23 mai: Morges (CH) Marché histrorique, en complément de la manifestation "Combatrs et duels de l'Ecole Lausannoise d'Armes Anciennes Multi-époques et multi-artisanats.
5-6 juin (sous réserve) Saint-Romain-en-Gal (F). Journées gallo-romaines internationales. Démonstrations de tournage et de cuissons.
18-19 juin: Corbeyrier (CH) Festival celtique. Musique et animations historiques et archéologiques.
http://www.festival-corbeyrier.ch/
26-27 juin (Sous réserve) Marle (F) Musée des temps barbares: Festival de l'histoire vivante.
http://www.museedestempsbarbares.fr/
10-11 juillet Drevant (F), les Derventiales. Grande fête gallo-romaine!
http://drevant.free.fr/articles.php?lng=fr&pg=94
12-15 août: Autun, semaine gallo-romaine.
21-22 août, fête médiévale au château de Grandson (CH)
28-29 août. Augst ( CH) Römerfest Augusta Raurica. la plus grande fête romaine d'Europe!
6-10 septembre: Lausanne, Musée Romain de Vidy, stage d'initiation à la céramique gallo-romaine. Tous publics dès 16 ans
20-24 septembre: Cuarny, stage d'initiation et de perfectionnement, réservé aux archéologues.
4 et 5 décembre: Exposition de fin d'année, Cuarny (CH), à l'atelier.
Pour tous renseignements: [pierre.alain.capt(at)gmail.com]
Première partie : Des origines à la sigillée gallo-romaine
Le terme a déjà été fréquemment écrit dans ces pages, mais jamais vraiment défini. Comme beaucoup de techniques ou de tours de main dans l’art de la céramique, ce peut parfois être à la fois très simple et très compliqué. Vous n’allez, ô lectrice ou lecteur, pas être déçus !
Les origines des vernis argileux se perdent dans la nuit des temps. Comme il s’agit simplement d’une suspension d’argile dans de l’eau, dès que l’on conçut l’idée de décorer les poteries, on a pu avoir l’idée de les peindre avant ou après la cuisson. Le revêtement argileux était donc déjà né !
Les hasards des caractéristiques des argiles choisies pour leurs couleurs et les méthodes de cuisson utilisées ont progressivement révélé que certaines terres avaient la faculté de ne pas cuire rouge ou blanc comme la plupart des, mais plutôt foncées, marron, lie de vin parfois. Et de devenir brillant sous l’effet d’une forte chaleur.

Cela permit donc, dès le temps des civilisations mésopotamiennes, de peindre des motifs à l’aide dune dilution d’argile dont la couleur allait se modifier lors de la cuisson. La Grèce antique, depuis les périodes archaïques jusqu’aux temps de la domination romaine, va nous offrir un incroyable florilège de peintures et de revêtement, tous préparés à partir d’argiles, sans adjonction de pigments. Les couleurs étant révélées uniquement par l’action d’un feu soigneusement contrôlé.

Une pyxide dite"du Peintre de Marlay" vers 440-430 av. J.-C.Technique à figures rouges. (British Museum, salle 69. © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons)
Il s’agit là d’une céramique à décor en réserve. Les personnages et le chariot de la procession sont peints à la cire, puis les motifs incisés pour révéler certains détails au trait. La pièce et son couvercle sont ensuite trempés dans une suspension d’argile qui s’imprégnera uniquement sur les sections non enduites de cire. Les motifs sont ainsi détourés, un peu comme lors des peintures sut tissus en technique batik. La couleur noire est obtenue par une vitrification partielle de l’argile, suivie d’une réduction qui noircira les oxydes de fer qu’elle contient. C’est une sorte d’apogée pour ces vernis argileux, tant cette technique est délicate à appliquer.
Pour plus de détails sur le processus de réduction, voir ici :
http://arscretariae.romandie.com/post/15150/140272
Fond d'une coupe ionienne à figures noires dite « coupe à l'oiseleur ». Provenance : Étrurie(?), fabriqué dans la Grèce de l'est v. 550 av. J.-C. Deux oiseaux, des oisillons dans un nid, une sauterelle et un serpent sont dispersés dans un décor végétal luxuriant où évolue le personnage central (peut-être Dionysos si les arbres à ramures sont identifiés à des ceps de vigne). (Louvre, collection Campana. Cliché libre de droits, source Wikipedia)
Au contraire de la précédente, cette pièce exceptionnelle présente un décor peint de manière conventionnelle, cecui reste tout de même une technique délicate, l’argile doit être déposée en plusieurs couches pour éviter des traits de pinceau trop visibles, Il faut aussi absolument éviter les minceurs qui pourraient laisser apparaître l’argile claire sous-jacente.
Bien sûr, toutes les céramiques n’étaient pas décorées de motifs aussi élégants, et la grande majorité des pièces à revêtement argileux les plus courantes était de couleur unie, telle cette coupe à vernis noir.

Une petite coupe campanienne. Ces céramiques de la région de Naples portent un revêtement argileux qui est souvent d’excellente qualité, et qui a fait la renommée de cette vaisselle.
Reproduire de la céramique campanienne est toujours un défi. Les argiles destinées à la fabrication du revêtement doivent être choisies avec soin, leur application par trempage bien uniforme et surtout la cuisson se terminant par une longue phase de réduction, puis une réoxydation. On obtient ainsi un vernis noir profond, parfois aux reflets irisés, «aile de corbeau ».
Peu avant le tournant de l’ère, on voit en Italie, à Pise ou à Pouzzoles, mais surtout à Arrezzo, une nouvelle variété de céramique à revêtement argileux. La Sigillée, de couleur rouge unie, qui tire son nom du sigillum, le sceau du potier qui appose sa signature au centre du vase qu’il vient de terminer, afin qu’il soit reconnaissable entre tous les autres.
Parce que la sigillée est avant tout une vaisselle standardisée, fabriquée en grandes quantités souvent pour les militaires, comme ces petites coupes à boire, caractéristiques des premières implantations légionnaires sur le Rhin, les dernières décennies avant le tournant de l’ère.

Contrairement à ce qu’on imagine quelquefois, ces pièces sont tournées et polies avant revêtement, et non moulées comme celle-ci-dessous, un des fleurons des ateliers de Perennius Tigrane.
Ce genre de calice est peut-être, avec d’autre belles pièces d’Arrezzo une des dernières manifestations de l’art gréco-romain. Au contraire de la précédente, cette pièce est partiellement moulée. Le col est tourné lors du moulage, et le pied, tourné séparément, est recollé par la suite.
Ces céramique rouges connaîtront un succès foudroyant, et les ateliers pratiquant cette technique particulière nécessitant des fours spécialement adaptés, vont rapidement disséminer, notamment en Gaule, où certaines officines vont connaître un essor incroyable.
On reviendra sur la céramique sigillée gauloise dans un tout prochain article. A partir du début de notre ère, la très rapide expansion de la technique du revêtement argileux en Gaule verra, outre la céramique sigillée, la création de nombreux centres de production et toutes sortes de variétés de vaisselle verront le jour. Tour d’horizon prochainement aussi.
c'était en octobre dernier, une grosse fournée de céramiques gallo-romaines tardives.
Un portfolio pour le plaisir des yeux:
Les prises de vues sont d'Alain Besse, restaurateur aux monuments historiques du Valais, grand batteur de monnaies et accessoirement excellent photographe ( atelier Ciel et Terre, voir les liens)
Pour visualiser le portfolio depuis l'album, avec les commentaires:
portfolio-cuisson-gallo-romaine
Pour lire l'article relatif à cette cuisson:
Une page de très belles pièces archéologiques gallo-romaines des IIème et IIIème siècles ap. J.-C.
Pour visualiser la galerie, c'est ici
http://arscretariae.romandie.com/album/15150/28035
Lors de fouilles en milieu antique, les objets que les archéologues trouvent en plus grand nombre sont les céramiques. Elles peuvent en effet se conserver sans problèmes pendant des siècles, des millénaires sous la terre.
Au départ, je ne suis ni archéologue, ni céramiste. Juste un amateur. Intéressé à l'archéologie régionale comme à toutes les techniques anciennes. Depuis de nombreuses années, je parcourais les campagnes à la recherche de menus tessons que la charrue pouvait avoir tiré de leur silence. Je tentais ensuite de connaître leur provenance, l'utilité de la vaisselle qui était à l'origine, la vie de ceux qui les avaient créés comme de ceux qui les avaient utilisés.
L'archéologie, c'est d'abord redonner la parole à ceux qui se sont tus depuis longtemps. C'est retrouver les traces parfois menues de femmes, d'hommes et d'enfants qui vécurent, travaillèrent, aimèrent, souffrirent ou encore firent la guerre dans nos régions.
Un tesson, c'est un petit fragment de vie, un éclat de voix perdu dans le temps. Pour mieux savoir les écouter, le mieux était de tenter de répéter les mêmes gestes que ceux qui les ont créés.
Un beau jour de 1995, j'ai donc pris la décision de construire un four gallo-romain dans mon jardin. Ce qui ne fut pas trop difficile, et, par chance cette installation se révélera rapidement parfaitement efficace.
Encore fallait-il avoir quelque chose à cuire. En même temps que le four, j'avais construit un tour à pied. Il ne restait plus qu'à démarrer.
Petit problème, la céramique, je ne connaissais absolument pas. Il a fallu dons apprendre à tourner l'argile, puis ensuite apprendre à la cuire.
Noble entreprise dont j'étais loin de soupçonner l'ampleur! Apprendre à tourner, ce n'est pas si facile, tous ceux qui s'y sont essayés vous le diront... Cuire l'argile et tenter d'en tirer des pièces de vaisselle qui ressemblent à quelque chose, ce n'est pas trop difficile avec un four électrique. Au bois, c'est une autre histoire...
Mes choix étaient faits. Eau, air, terre et feu. Hormis ceci, point de produits modernes comme colorants, glaçures minérales, et autres adjuvants.
Une sorte d’intégrisme, en somme…
La suite....
A Toi de la découvrir, ô Honorable Visiteur!
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