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ARS CRETARIAE

La céramique à revêtement argileux: 1ère partie, les origines

Première partie : Des origines à la sigillée gallo-romaine

 

Le terme a déjà été fréquemment écrit dans ces pages, mais jamais vraiment défini. Comme beaucoup de techniques ou de tours de main dans l’art de la céramique, ce peut parfois être à la fois très simple et très compliqué. Vous n’allez, ô lectrice ou lecteur, pas être déçus !

Les origines des vernis argileux se perdent dans la nuit des temps. Comme il s’agit simplement d’une suspension d’argile dans de l’eau, dès que l’on conçut l’idée de décorer les poteries, on a pu avoir l’idée de les peindre avant ou après la cuisson. Le revêtement argileux était donc déjà né !

Les hasards des caractéristiques des argiles choisies pour leurs couleurs et les méthodes de cuisson utilisées ont progressivement révélé que certaines terres avaient la faculté de ne pas cuire rouge ou blanc comme la plupart des, mais plutôt foncées, marron, lie de vin parfois. Et de devenir brillant sous l’effet d’une forte chaleur.

 

Cela permit donc, dès le temps des civilisations mésopotamiennes, de peindre des motifs à l’aide dune dilution d’argile dont la couleur allait se modifier lors de la cuisson. La Grèce antique, depuis les périodes archaïques jusqu’aux temps de la domination romaine, va nous offrir un incroyable florilège de peintures et de revêtement, tous préparés à partir d’argiles, sans adjonction de pigments. Les couleurs étant révélées uniquement par l’action d’un feu soigneusement contrôlé.

 

Une pyxide dite"du Peintre de Marlay" vers 440-430 av. J.-C.Technique à figures rouges. (British Museum, salle 69. © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons)

Il s’agit là d’une céramique à décor en réserve. Les personnages et le chariot de la procession sont peints à la cire, puis les motifs incisés pour révéler certains détails au trait. La pièce et son couvercle sont ensuite trempés dans une suspension d’argile qui s’imprégnera uniquement sur les sections non enduites de cire. Les motifs sont ainsi détourés, un peu comme lors des peintures sut tissus en technique batik. La couleur noire est obtenue par une vitrification partielle de l’argile, suivie d’une réduction qui noircira les oxydes de fer qu’elle contient. C’est une sorte d’apogée pour ces vernis argileux, tant cette technique est délicate à appliquer.

Pour plus de détails sur le processus de réduction, voir ici :

 http://arscretariae.romandie.com/post/15150/140272

 

Fond d'une coupe ionienne à figures noires dite « coupe à l'oiseleur ». Provenance : Étrurie(?), fabriqué dans la Grèce de l'est v. 550 av. J.-C. Deux oiseaux, des oisillons dans un nid, une sauterelle et un serpent sont dispersés dans un décor végétal luxuriant où évolue le personnage central (peut-être Dionysos si les arbres à ramures sont identifiés à des ceps de vigne). (Louvre, collection Campana. Cliché libre de droits, source Wikipedia)

Au contraire de la précédente, cette pièce exceptionnelle présente un décor peint de manière conventionnelle, cecui reste tout de même une technique délicate, l’argile doit être déposée en plusieurs couches pour éviter des traits de pinceau trop visibles, Il faut aussi absolument éviter les minceurs qui pourraient laisser apparaître l’argile claire sous-jacente.

Bien sûr, toutes les céramiques n’étaient pas décorées de motifs aussi élégants, et la grande majorité des pièces à revêtement argileux les plus courantes était de couleur unie, telle cette coupe à vernis noir.  


Ce genre de céramiques connaîtra un très grand succès dans le monde grec, puis gréco-romain. La Campanie, puis plus tard d’autres régions d’Italie, prendront le relais et verront le développement de nombreux ateliers de céramiques à revêtement argileux noir. Les ateliers de Campanie sont les plus connus, et leurs productions seront exportées loin à la ronde. Les Gaulois notamment en étaient friands, et on en retrouve de nombreux exemplaires dans les sépultures aristocratiques. C’était pour ces peuples une céramique importée coûteuse mais très prestigieuse. On retrouve parfois des pièces grecques à figures noires ou rouges dans  les tombes princières de La Tène ancienne, mais aussi des vases de bronze pour les plus riches.
Techniquement, ce vernis est appliqué par trempage, sauf les très grandes pièces qui sont vernies au pinceau, par de nombreuses couches.

Une petite coupe campanienne. Ces céramiques de la région de Naples portent un revêtement argileux qui est souvent d’excellente qualité, et qui a fait la renommée de cette vaisselle.

Reproduire de la céramique campanienne est toujours un défi. Les argiles destinées à la fabrication du revêtement doivent être choisies avec soin, leur application par trempage bien uniforme et surtout la cuisson se terminant par une longue phase de réduction, puis une réoxydation. On obtient ainsi un vernis noir profond, parfois aux reflets irisés, «aile de corbeau ».

 

Peu avant le tournant de l’ère, on voit en Italie, à Pise ou à Pouzzoles, mais surtout à Arrezzo, une nouvelle variété de céramique à revêtement argileux. La Sigillée, de couleur rouge unie, qui tire son nom du sigillum, le sceau du potier qui appose sa signature au centre du vase qu’il vient de terminer, afin qu’il soit reconnaissable entre tous les autres.

Parce que la sigillée est avant tout une vaisselle standardisée, fabriquée en grandes quantités souvent pour les militaires, comme ces petites coupes à boire, caractéristiques des premières implantations légionnaires sur le Rhin, les dernières décennies avant le tournant de l’ère.

Contrairement à ce qu’on imagine quelquefois, ces pièces sont tournées et polies avant revêtement, et non moulées comme celle-ci-dessous, un des fleurons des ateliers de Perennius Tigrane.

 

Ce genre de calice est peut-être, avec d’autre belles pièces d’Arrezzo une des dernières manifestations de l’art gréco-romain. Au contraire de la précédente, cette pièce est partiellement moulée. Le col est tourné lors du moulage, et le pied, tourné séparément, est recollé par la suite.

Ces céramique rouges connaîtront un succès foudroyant, et les ateliers pratiquant cette technique particulière nécessitant des fours spécialement adaptés, vont rapidement disséminer, notamment en Gaule, où certaines officines vont connaître un essor incroyable.

 

On reviendra sur la céramique sigillée gauloise dans un tout prochain article. A partir du début de notre ère, la très rapide expansion de la technique du revêtement argileux en Gaule verra, outre la céramique sigillée, la création de nombreux centres de production et toutes sortes de variétés de vaisselle verront le jour. Tour d’horizon prochainement aussi.  


30ème anniversaire du Musée Romain de Nyon

 

Le week-end du 3 et 4 octobre dernier, le Musée Romain de Nyon fêtait ses 30 ans !

Installé dans les fondations de la basilique de la ville, le musée de Nyon a fait peau neuve, une muséographie  repensée et un effort particulier sur l’éclairage en font un bijou du genre.

Ah ! Les amphores. Vision paradisiaque pour un potier !

 

Une cruche en technique grise. Très bel exemplaire pour une production peu fréquente. La plupart des cruches sont cuites en technique claire.

 

Belle mise en scène pour le très riche lapidaire de la Cité des Equestres.

 

 

Quelques pièces de la belle collection des verres antiques.

 

 

Tournage, en position assise en tailleur. Cette posture peut paraître curieuse, mais en fait se révèle très pratique. Le centrage est facilité par la possibilité de mette beaucoup de pression sur la balle de terre et d’ainsi la stabiliser rapidement. Plus paradoxal est l’avantage de caler le coude ou l’avant-bras droite dans la plante du pied gauche. Pour certaine opérations. On y gagne beaucoup de stabilité ou de précision. Corollaire, il vaut mieux être assez souple, sinon...

 

  Le cadre de ces animations a permis entre autres de tester quelques recettes culinaires reprises, ou plutôt interprétées par le GRAPA (Groupe de Recherches sur l’Alimentation Protohistorique et Antique). Interprétées, car si un livre de recettes romaines nous est parvenu, le livre de cuisine d’Apicius, l’énoncé des recettes ne comprend que les ingrédients, et pas la manière exacte de les apprêter. Ce qui laisse, on s’en doute une certaine place aux interprétations et à la mise en valeur des talents personnels !  

 

 Camille Avellan

 

Et Yann Mamin

 

Et quelques spécialités romaines à la friture !

Excellent test pour les céramiques à feu… C'est aussi ça l'archéologie expérimentale.

 

Pour en savoir plus sur le GRAPA : http://grapa.over-blog.com/

 Photos René Reymond(©AnimArc)

Toute la galerie d'images de AnimArc:  http://www.animarc.ch/spip.php?article68

 


NUIT DES MUSEES A LA VILLA GALLO-ROMAINE DE PULLY

 Au voleur ! Les bijoux de la maîtresse des lieux ont été dérobés par l’un des artisans. Quel outrage !

 Heureusement, le public de la Nuit des Musées était là pour déjouer l’intrigue ! Le coupable à été démasqué, et il s’agissait... du propre serviteur de la domina ! Difficile décidément de trouver du petit personnel de confiance de nos jours...

C’était l’occasion, pour les visiteurs, de découvrir ou redécouvrir cette imposante villa gallo-romaine du Prieuré en tentant de résoudre l’énigme des bijoux. AnimARC assurait l’animation en présentant divers corps de métier pouvant œuvrer dans de tels établissements,  poterie, langue et écriture latine et gauloise, peinture romaine et bijouterie.

 

Et deux merveilleux comédiens nous accompagnaient pour l’occasion : Catherine Favre, la terrible maîtresse des lieux et Denis Correvon, le fourbe serviteur .C'était le 26 septembre dernier.

Photos René Reymond(©AnimArc)

 

La Domina est fâchée ! ça chauffe pour le scribe (Richard Sylvestre) ! Au centre le serviteur (Denis Correvon).

 

Une des clefs de l’énigme se trouvait dans un pot cassé à recoller…

 

Mais encore fallait-il savoir décrypter les cursives latines…

 

Et quant à moi, pauvre potier, J’ai eu de la chance, que la domina ne pique pas une de ses colères à proximité de ma vaisselle…

 

 Et enfin, Karine Meylan, Grande Ordonnatrice de la manifestation, et très respectée présidente d’AnimArc.

 

Pour en savoir plus sur AnimArc :

http://www.animarc.ch/index.php

Toutes ces photos sont issues du site AnimArc et sont sa propriété.

Pour voir le reste de la galerie d’images :

http://www.animarc.ch/spip.php?article67

 


Une cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes

L'idée de cette cuisson était en gestation depuis un certain temps déjà. Le four, construit en automne 2008 n'avait pas vraiment été réalisé dans ce but, mais plutôt pour la cuisson de céramiques germaniques nécessitant un apport direct de combustibles dans la chambre de cuisson. Le foyer, quelque peu sous-dimensionné, avait à l'origine été prévu pour un pré-chauffage uniquement.

Les performances de l'installation paraissaient bonnes et malgré ce petit foyer, la puissance du four semblaient pouvoir suffire à une cuisson plus "classique" pour autant que ce terme ait un sens dans ce domaine de l'expérimentation. 

Et puis il y a aussi quelques autres projets en cours, dont je parlerai probablement un jour, ainsi que cette curiosité personnelle qui m'incite toujours à sortir des chemins battus...

Bref, cet essai était devenu incontournable. D'autres suivront, c'est certain.

Le four utilisé pour cette cuisson reprend certaines fonctionnalités d'une installation construite quelques années auparavant au village lacustre de Gletterens. C'est un four à volume unique, à flammes vives donc. Il n'existe pas de séparation entre le foyer, la chambre de chauffe et le laboratoire. 

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

En fait c'est un simple puits muni d'un petit foyer débouchant dans sa partie inférieure. Une languette centrale et de petites banquettes latérales premettront de coincer ls plus gros récipients de manière à ménager un passage pour le feu.  Quelques morceaux de tuiles éviteront aux gobelets de tomber dans le fond du four.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le choix des céramiquies à cuire avait été dicté par la nécessité de bien comprendre le comportement du four en tout premier lieu. Diverses argiles avairent été choisies pour cet essai, le résultat final devant quider la sélection finale des terres pour le tournage des poteries mérovingiennes. En ce qui concerne les formes, ce sont essentiellement des pots bicôniques ou globulaires, des écuelles et un pichet à bec tubulaire qui ont été choisis. Rien que de très classique pour l'époque. Quelques pièces gallo-romaines et gauloises de commande complètent l'assortiment.

La cuisson a été prévue "réductrice", et les coloris devraient se situer dans les gris clairs à sombres. Pour obtenir ce résultat, le four devra être entièrement fermé en fin de cuisson, sans être totalement étanche.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Une fois l'enfournement terminé, on réalise une bonne couverture constituée de tessons et de quelques assiettes fissurées convenant parfaitement à cet usage. Et c'est la mise à feu!

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Il faut veiller à ne pas chauffer trop violemment au début. Quelques explosions après une demie-heure de cuisson viendront nous rappeler à la prudence...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Moins de deux heures après la mise à feu, le rougeoiement apparaît sous les tuiles de couverture. On aperçoit bien une des asiettes de couverture éclatée lors des explosiopns qui sont précédemment survenues.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Peu après, les gaz de combustion se réenflamment dès leur sortie de la couverture de tessons, et le rougeoiement s'est intensifié.  Dès que la suie recouvrant la couverture s'est consumée et que les tessons ont blanchi, on peut arrêter la cuisson. 3 heures et demie se sont passés depuis l'allumage.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le foyer est obturé et scellé au torchis...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Pour la charge à cuire est recouverte de terre meuble, lègèrement tassée. Les gaz de combustion resteront ainsi enfermés dans le four et "brûleront" les oxydes métalliques qui donnent la couleur rouge de la terre cuite.

C'est le phénomène de la réduction, expliqué plus complétement dans cet article: 

http://arscretariae.romandie.com/post/15150/140272

Puis on laisse reposer le tout pendant 24 heures...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

ça bourronne et ça fume tout gentiment prendant la nuit...

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Et le lendemain, après avoir dégagé la terre et ôté la couverture de tessons, le résultat apparaît, dans les cendres et la poussière. C'est encore très chaud, gare aux brûlures!

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Le résultat est bon. les pièces sont bien cuites et sonnent clair au choc. Les coloris vont du gris clair au très sombre, parfois noir métallique par endroits. Ce sont des tons assez typiques, mais pas systématiques pour ce genre de production. On trouve aussi toute une production réalisés dans des tons plus clairs, allant de l'orange au beige "bistre", résultant de cuissons oxydante réalisés sans fermeture du four en fin de chauffe.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Deux pots bicôniques et un globulaire. Les décors sont réalisés à la molette. Pour les spécialistes. la molette de gauche est inspirée de la No 1 de l'atelier de Soissons, et celle de droite, cosntituée d'oves surmontant une ligne de points est reprise d'une découverte décente de l'atelier de Vanves en région parisienneCuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009.

Un pichet à bec tubulaire inspiré des productions de l'atelier de Vanves, et son décor d'oves caractéristique. La terre utilisée ici est grossière et de structure très hétérogène. C'est une argile rustique, sas préparation spécifique. Elle est pétrie, puis tournée à peine extraite de la carrière. Un peu trop grossière par rapport à la pièce originale.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

Quelques assiettes Alzei 9/11, copies de pièces du début du VIème siècle, portant toutes un décor moleté.

Cuisson expérimentale de céramiques mérovingiennes, Juillet 2009

 Et ici le résultat des explosions entendues en début de chauffe. La montée trop rapide de la température a provoqué des éclatements en "cupules de vaporisation" pour les deux pièces sombres, et une coupelle s'est déchirée et déformée sous l'excès de chaleur. Ce sont là des accidents très fréquents lors de ce genre de cuissons...

Malgré ces petites misères, l'essai est réussi, et le résultat est bon. Les céramiques mérovingiennes ne sont pas cuites à très haute température, 7 à 800 degrés généralement pour la pluspart d'entre-elles. Toutefois, la technique de chauffe, assez brutale, donne souvent des résultats très irréguliers, les pièces étant surcuites en fond de fournée, et sous-cuites en surface. Celles qui sont insuffisamment cuites peuvent toujours être replacés dans la fournée suivante, mais les surcuites sont souvent irrémédiablement endommagées, fissurés ou déformés et impropres à la vente. Ce sont ces dernières que l'on retrouve aujourd'hui dans les rebuts qui jonchent les alentours des fours et les sols des ateliers de potiers

 


Günzburg. Die Römer Kommen!

NOUS Y ETIONS!

Günzburg, c'est une petite ville sur le Danube, Près d'Ulm, c'est à dire à peu près à mi-chemin entre Stuttgart et Munich.

Comme bien d'autres endroits dans cette région, sur les fortifications du limes, ou encore sur le Danube, l'Iller ou le Neckar, on y a retrouvé les restes d'un fort militaire.

Le limes, c'est avant tout une région frontière, et non pas forcément la frontière elle-même, qui n'est qu'une notion très vague dans l'antiquité. Qu'une ligne de fortifications y soit édifiée n'y change rien. Tout au plus, lorsque la situation devient tendue, ou en cas de conflit ouvert, la présence romaine permanente s'arrête à la ligne la plus avancée. Dès que les choses se calment, chacun va et vient d'un côté et de l'autre sans restrictions.

Ce "limes" germanique, région frontière marquée par plusieurs lignes de fortifications s'est progressivement mis en place vers la fin du Ier siècle de notre ère, pour sécuriser la frontière entre Rhin et Danube, sorte d'encoignure formant un point faible. L'histoire déjà tumultueuse des relations entre Germains et Romains avait appris à ces derniers à étre prudents...

La carte ci-dessus illustre bien ce point faible, et l'économie de forces militaire que représentait ce "raccourci" entre Bonn et Regensburg. En plus cela permettait l'édification d'une route sûre entre ces deux villes.

 Cette région était protégée par une multitude de forts et tours de guet: Günzburg située juste au-dessus du "V" de "Provinz Raetia" abritait ainsi un détachement d'auxiliaires stationnés dans un "burgus" de seconde ligne.Les détachements les plus puissants étaient situés en arrière de la frontière, de manière à leur laisser un temps de réaction en cas d'attaque, et ainsi la possibilité d'intervenir sur un plus grande portion de la zone fortifiée.

Cettte portion du Limes s'effondrera dans les années 258-260 sous les coups de boutoir des peuples germaniques comme les Juthunges ou les Hermundures, qui formeront plus tard la confédération alamane. Une bonne partie de ces forts restera toutefois occupée, souvent par des auxiliaires germains au service de l'Empire. la population "romaine" des zones à l'arrière de ces forts évacuera le territoire vers 270-275, et sera remplacée par des germains libres. Ce sera l'"Alamannia" des IVème et Vème siècles. Ni vraiment romaine ni vraiment germanique, une sorte de zone tampon contre les incursions des Goths, Vandales et Huns...

Comme on peut se l'imaginer, une fête romaine dans cette région est inévitablement marquée par l'activité militaire des troupes frontalières et leurs relations avec les peuples germaniques. Ci-dessus, les "Populares vindelicenses", une troupe d'Augsburg faisant revivre une troupe de militaires et civils des années 260. Une qualité de reconstitution tout à fait exceptionnelle, un souci historique atteignant la perfection. 

Une visite à leur site s'impose. Rien que pour se laisser bercer par la musique et la vidéo d'introduction...

http://www.populares-vindelicenses.de/

Après, c'est préférable de connaître un peu l'Allemand...

LA VIE DE CAMP...

On ne saurait se côtoyer tout un week-end sans les traditionnelles visites diplomatiques. 

Dietmar des Ältere, l'imposant centurion des "Donaurömer" rendant une petite visite aux "Raetovarier" Groupe d'Alamans de Rhétie. Une telle visite ne peut se faire qu'entièrement équipé, avec la garde d'honneur et les porte-enseignes.

Pendant ce temps, Madame, accompagnée d'une de ses suivantes, fait ses emplettes au marché du coin...

Vous trouvez son look très "germanique" pour une épouse de centurion? Vous avez raison. D'ailleurs rien ne dit que Margit ne soit pas une Semnone ou une Hermundure romanisée. à moins que ce ne soit une Romaine germanisée. Dans cette région, on se cotoie depuis 200 ans et lorsqu'un renversement d'alliances politiques ne vient pas mettre le feu aux poudres, on vit en parfaitement bonne intelligence. Et qu'un romaine s'habille à la mode germanique par temps un peu frisquet, rien de plus normal!

Dietmar der Ältere a rejoint Madame. On dirait qu'il vient de dénicher un objet intéressant!

Pour rendre visite aux Romains du Danube: 

 http://www.donauroemer.de/

Et le ballet diplomatique continue...

 Un centurion de la IVème cohorte vindelicienne en tournée, avec son porte-enseigne et uen garde d'honneur. Un centurion, quelle que soit l'époque est un personnage important. Au IIIème siècle il appartient à l'ordre équestre (à l'origine de la chevalerie médiévale), et dispose de revenus importants. Sa présence est indispensablelors de toutes tractations importantes, qu'elles soient militaires, politiques ou commerciales.

Palabres avec les Rhétiovariens. On a tiré les épées, ce qui ne veut pas dire qu'on est au point de s'entretuer. C'est juste un argument lors de palabres...

Pour rendre visite à la  Cohors IIII Vindelicorum : http://www.vindeliker-kohorte.de/

Et entre-temps. la vie continue au camp, chez nos voisins Rhétovariens...

Forge, cuisine, tissage, teinture, travail du cuir ou de l'os. Très belles activités au camp de cette troupe alamane. Et toujours dans un souci historique absolu. On est perfectionniste ou on n'est pas! Sigrid la princesse s'exerce au filage, Dankwart le facteur d'arcs est ici à la cuisine, et derrière lui, Blida surveille ses décoctions d'herbes pour la teiture de ses laines.

Stefan "Frodi", le chef de la Sippe des Rhétovariens vient de trouver la coupe de ses rêves! Ce sourire ne le quittera plus pendant longtemps....

 Mais il y avait de quoi....

 Pour leur rendre visite: http://www.raetovarier.de/

Et il y avait bien d'autres troupes encore, que souvent nous n'avons qu'à peine aperçu...

Malrgé la pluie, malgré le froid et la boue, ce fut une belle fête! Personne n'a perdu le moral, le public est venu en nombre. On ne voulait  tout de même pas se laisser abattre par d'aussi petits contretemps! C'est aussi ça, l'Allemagne. On y retournera. c'est sûr!


Fêtes antiques de grand-Andesina (Vosges)

C'étaient les 13 et 14 juin dernier. Les fêts antiques de Grand-Andesina, organiisées par l'association "La Cité des Leuques" se déroulaient dans la bourgade de Grand, dont le nom est issu du sanctuaire dédié à Apollon Grannus édifié dans la ville romaine d'Andesina, dont les riones, notamment un imposant amphitéâtre, apparaissent ça et là dans le village. Une très importante mosaïque de 230 m2 y a notamment été découverte en 1883.

Grand rassemblement de troupes de reconstitution et d'artisans, ces fêtes attirent un foule importante de visiteurs, amateurs ou spécialistes.

L'Alaman, un des membres de la troupe "Ordalies" en tenue de combat.

Et leur Stamm. L'association Ordalies fait revivre une troupe de guerriers germaniques du Vème siècle de notre ère. 

Les Herculiani, détachement de la IIa Herculiana, une légion palatine du temps de Théodose, vers 390 de notre ère. le gratin des troupes régulières romaine pour cete époque, comme en reconstituion actuelle. On ne faillit pas à sa réputation...

Détails d'équipement. Rudericus, centenier et Damianus, tribun. Chaque détail est peaufiné, pas une maille de la cotte qui ne dépasse: Nombreux sont les archéologues et historiens membres de ces troupes. Les boucliers sont usés ou ébréchés? Normal, ce genre de reconstitution n'est pas que parade. On y teste souvent les techniques de combat, en duel ou en formation, afin de tester sur le terrain aussi bien les relations des auteurs antiiques que les connaissances des historiens modernes. Deux heures seulement ainsi équipés sous un soleil de plomb sont très éprouvants. ça fait aussi partie de la reconstitution, comme parfois les marches d'endurance. On peut imaginer l'état d'une armée après une journée de marche et d'escarmouches...

palabres avant la bataille...

Le camp des Leuki, une troupe de gaulois faisant revivre un groupe de mercenaires du temps d'Alexandre-le-Grand. Ces ressemblements sont aussi l'occasion de tester diverses recettes culinaires d'époque, cuisinées dans des pots en terre. 

François Gilbert, président de PAX ROMANA (Lyon) et Franck Mathieu , président des LEUKI (Nancy) ici accomagné d'un de ses gardes d'honneur, en tournée d'inspection...

Les légionnaires s'équipent pour la bataille! Ici, un détachement de la LEGIO Va ALAUDAE (les Alouettes), part militaire de l'association Pax Romana

On se prépare à la bataille! Les rassemblements sont l'occcasion de tester diverses techniques de combat. Les armes sont "bluntées" comme on le dit dans le jargon. les lances sont rembourées de feutre ou de mousse, les épées en bois. les grandes lignes sont préalablement définies, mais le combat n'est pas chorégraphié. Il s'agit réellement d'enfoncer les lignes adverses. Les coups au but sont soigneusement réglementé, des arbitres veillent parfois à ce qu'un guerrier qui a pris un coup mortel ne se relève pas...

Les stalles du potier, dans les fumées du camp...

Et le tour à bâton, désormais indispensable compagnon de ces épopées...

Et enfin Christine, non moins indispensable compagge et maîtresse des lieux et logis! Sans elle rien ne serait possible...

 

Dans le menu "LIENS" de la colonne de droite, vous retrouverez les pages internet de toutes les troupes citées dans cet article. De très belles pages à voir ou à lire!


Journées gallo-romaines, St.-Romain-en-gal, 6 et 7 juin 2009

C'étaient les 6 et 7 juin derniers, à St-Romain en Gal.

Nous y étions invités pour y pratiquer des démonstration de fabrication complète de vases et gobelet gallo-romains, en compagnie d'un tourneur d'a mphores, et d'une équipe du CNRS qui réalisait 3 fournées durant ces deux jours. 

Belle affluence pour cette manifestation, malgré un temps incertain et un formidable orage le samedi à midi, ce qui nous a valu d'être copieusement trempés et grêlés.

C'etait aussi pour moi l'occasion de sortir pour la première fois avec le tour à bâton, cette fois réalisé dans sa version définitive. Grosse chaleur, je n'avais pas réellement pris le temps de m'entraîner à des fabrications complètes sur cette installation. la tournette romaine, j'avais déjà testé, mais sans plus. On peut dire que c'était vraiment de l'expérimental. 

Le tour à bâton dans sa version définitive. En principe ce genre d'installation était disposé dans une fosse aménagée à cet effet, ce qui évitait de devoir construire un châssis tel que celui-ci. Creuser une fosse de 100 x 100 x 80 cm. lors de chaque manifestation n'est pas réalisable, et en plus travailler au ras du sol limite considérablement la visibilité. Ici lancement de la roue au bâton, elle fait 50 kgs tout juste...

 Centrage de la balle d'argile, du "potiau" comme on le disait en vieux français bourguignon. C'est une opération qui demande beaucoup d'énergie, et il faut relancer sitôt après...

 Tournassage du pied d'un vase allobroge. Par cette opération, on enlève le surplus d'argile situé autour du pied du récipient, et on détoure l'anneau porteur.

Sitôt après, polissage au galet de pierre dure. Agate, serpentine, silex sont les mailleurs matériaux pour obtenir un bon poli.

Finition d'un gobelet à la tournette lourde. Ce genre d'installation est uen des seules don on a la certitude qu'elle était utilisée durant l'Antiquité romaine. Elle est crantée sur sa périphérie pour assurer une meilleure préhension lors du lancement

Décor à la barbotine sur une sigillée. Opération délicate, être très "zen" est obligatoire. Surtout en public...

Armand Desbat. Grand céramologue devant l'Eternel , Directeur de recheerches au CNRS, et Maître des fours pour l'occasion.

Scènes de défournement. Parfaitement réussies, ici devant un lot de gobelets métallescemts.Nombre d'entre-eux ont toutefois souffert de l'averse de grêle du samedi

 Prochain article: les fêtes romaines de Grand-Andesina, d'ici quelques jours!

 


Premiers essais sur une roue à bâton

premiers pas ( si l'on peut le dire ainsi...) sur une roue à bâton.

  1. les sources :

 Les origines du tour à bâton sont très anciennes. Peut-être datent-elles de la Grèce antique, assurément de l’époque romaine. Preuve en est cette fresque de Pompei, ici redessinée parce qu’en tellement mauvais état qu’une photographie serait illisible.

On y voit une représentation d’un atelier de potiers, dans lequel 4 tourneurs au moins sont au travail, et une cliente venant y faire ses emplettes. Curieusement, les tourneurs travaillent en position assise, très peu pratique pour tourner sur de telles installations. Peut-être sont-ils occupés à des travaux de finition ? Les bâtons servant à lancer l’installation sont bien visibles. Les roues sont ici de gros disques très épais, donc très lourds. Terre cuite, pierre ou bois, ils seront suffisamment pesants pour assurer une inertie correcte et pourront tourner une minute ou deux sur leur lancée.

Un tel tour a été retrouvé en fouille à Speicher, en Allemagne. Il est constitué d’une meule de moulin hydraulique, aussi de 60 à 70 cm. de diamètre. Montée sur un moyeu en bois, elle constituera un très bon volant d’inertie pesant un soixantaine de kilos probablement. Des encoches ont été aménagées sur son bord externe ou y accrocher le bâton qui la lancera telle une toupie.

 De telles découvertes sont rares, malheureusement, si rares qu’on en est venu à admettre que la majorité des volants d’inertie devait être faire de bois. Roues de chariots, disques spécialement construits à cet effet, tout est possible. Des archéologues allemands militant actuellement pour la solution de la grande roue à rayons de sur un axe fixe. L’hypothèse est séduisante, d’autant plus qu’on a retrouvé de nombreuses fosses de tournage, vides malheureusement ou éventuellement conservant quelques traces seulement du poteau qui faisait office d’axe. Installations entièrement en bois qui n’ont hélas pas survécu aux vicissitudes du temps…

  La position du tourneur est ici vraisemblablement plus correcte que celle figurée sur la fresque de Pompei. En plaçant les jambes au-dessus de la roue, la position est bien meilleure et permet plus facilement  le tournage de grandes pièces. Les jambes croisées en demi-lotus (Siddarthasana, la « posture parfaite » des adeptes du Hata Yoga) est tout à fait envisageable dans le monde gallo-romain, les exemples en statuaire gauloise sont nombreux montrant des personnages assis dans de telles postures. Néanmoins travailler ainsi limite la force latérale que l’on peut exercer sur la balle de terre et pose quelques problèmes pour le centrage.

Les meilleures illustrations de la roue de tournage proviennent du Moyen-âge, telle cette miniature parisienne de la fin du XIIIème siècle. Ici le tourneur travaille déjà jambes écartées, les pieds reposant sur des barres latérales. Pratique parce que très stable, la position est néanmoins dangereuse pour qui souffre de vertèbres lombaires peu solides.

2. La construction: 

Par chance, l’automne dernier, j’ai pu récupérer une grosse roue de char. Diamètre environ 1 mètre pour un poids de 60 Kg environ. L’idéal pour envisager une telle installation. Un axe en chêne soigneusement tourné et poli sur lequel viendra reposer la roue préalablement équipée d’une crapaudine en bronze en forme de coupelle, placée juste sous la girelle. L’axe, ordinairement un pieu fiché en terre au fond d’une fosse est ici monté sur un socle bien robuste. Le banc est fait d’une branche courbée de chêne refendue dans la longueur et montée sur pieds. Un plateau fait office de banc.

 

  La courbure de la branche est positionnée de manière à faire office de cale-pieds.

3. La pratique :

 La posture que j’ai choisie est mixte, une jambe repliée et l’autre reposant sur la cale permet à la fois une bonne stabilité et une grande force de tournage, et évite les contraintes dans mes vertèbres déjà bien abîmées par le temps. Elle nécessite tout de même une certaine souplesse dans les genoux…

Première opération, lancer la roue au moyen du bâton!  Geste millémaire que de nombreux potiers d'Asie pratiquent encore aujourd'hui.

Centrer la balle d'argile. Geste qui terrorise les apprentis potiers, mais indispensable pour obtenir un tourgage bien régulier. Une balle mal centrée, et c'est un pot qui assurément ressemblera plus à une patate géante qu'à la belle cruche ou jarre dont vous rêvez! Centrer une balle d'argile demande beaucoup d'énergie, et il faudra déjà relancer la roue après cette opération...

 

Une fois que la balle est bien centrée, on la creuse et on forme un cylindre à parois épaisses.

Une première passe permet ensuite de monter le cylindre à la hauteur presque définitive de la future pièce. 

On forme la panse...

et on amorce le col en une seule passe.

Et enfin le col est resserré pour obtenir une cruche. 

Un petit coup d'estèque puis un lissage à l'éponge est l'ébauche de la cruche sera terminée. Un petit temps de séchage, et la pièce sera polie sur sa partie supérieure, puis détachée du rondeau pour affiner et terminer le fond. L'anse se colle en dernier lieu.

 Un peu acrobatique? On peut le considérer ainsi. pas évident pour qui a pris l'habitude de travailler sur des installations modernes. Et même pour moi qui habituellement travaille sur un tour à pied, cela reste assez compliqué, tant il faut repenser chaque geste, et aussi penser à son propre équilibre. gare à qui viendrait à chuter dens la roue en mouvement...


Les cuissons en feu ouvert

Ce genre de cuissons, appelé parfois aussi « cuissons primitives » est la première forme de traitement thermique des argiles. C’est aussi, il y a au moins 10 à 12000 ans, la création du premier matériau artificiel par l’humanité.

Une telle cuisson peut amener les poteries à une température de 800oC. Ce n’est pourtant pas toujours nécessaire pour obtenir un récipient fonctionnel. Pour autant qu’on ait choisi de bonnes argiles, 550 à 600oC peuvent déjà suffire à durcir la terre au point d’obtenir des récipients qui permettent conserver des aliment solides, comme des céréales, des graines ou des aliments séchés. Pour tenir l’eau, 700oC sont souvent largement suffisants.

Primitives ? C’est un point de vue. Ce genre de céramiques produites par cuisson en feu ouvert permettait parfaitement de répondre aux besoins du moment. Les chauffer encore plus eût été une dépense de combustibles supplémentaire qui n’aurait rien apporté de plus. Ce n’est que plus tard, lorsque la conservation demandera d’autres solutions techniques que l’on inventera des solutions propres à produire des récipients très durs ou parfaitement étanches.

Mais quelles sont les méthodes de cuissons ouvertes ?

Petit tour d’horizon :

 

CUISSONS EN TAS

Ce type de disposition nécessite avant tout une argile préparée pour résister aux pires chocs thermiques. Elle doit être maigre et très chargée en chamotte poreuse afin d’éviter toute rétention de vapeur lors de l’élimination de l’humidité résiduelle qui va se produire vers 180  oC, et pourrait provoquer des éclatements si elle est trop rapide.

 

 Les céramiques sont simplement disposées sur des cales ou sur un lit de combustibles, ici des bouses séchées, puis recouvertes de bois, de roseaux ou de bouses séchées. Le tout sera enflammé d’un coup. La cuisson est donc la plus rapide qui soit. On peut tout au plus ralentir la combustion avec de l’herbe fraîche, de la paille tassée ou des feuilles mortes.

Ce genre de méthode de cuisson convient particulièrement aux céramiques claires. Il est en effet difficile de recouvrir entièrement de cendres ou de braises un tel tas de cuisson, la demande en combustibles étant totalement disproportionnée. Sur l’image ci-dessus, l’aspect de ces jarres une fois cuites sera assez semblable à leur aspect cru. Un refroidissement dans la cendre ou les charbons leur donneraient probablement une tonalité générale gris clair avec des bandes plus sombres. Dans ce village de Saré Mala, on fabrique aussi des poteries noires qui sont destinées à servir ou conserver le riz cuit sous forme de semoule. Toutes les poteries destinées au transport ou à la conservation de l’eau sont claires, tout comme celles destinées à la conservation du riz en grains.

CUISSON EN FOSSE LEGERE

Cuire des récipients constitués d’argiles plus fines nécessite le plus souvent un préchauffage minutieux, principalement destiné à éliminer progressivement la deuxième eau physique. Cette opération, appelée aussi ressuage dans certaines traditions francophones, consiste à ralentir l’augmentation de la température de l’argile dans une plage située entre 180 et 230oC environ afin de laisser s’échapper l’eau sous forme de vapeur sans provoquer de phénomènes explosifs.

L’enfouissement partiel du tas de cuisson permet avant tout de préparer un feu en « corbeille » sur les flancs de la fosse.  On évite ainsi un échauffement trop rapide des poteries, qui pourraient éclater sous le choc thermique. On peut ainsi cuire des argiles plus fines. La forme de la fosse dépend avant tout de la disposition du tas de céramiques. Les températures atteintes peuvent approcher les 750oC

CUISSONS EN FOSSE PROFONDE.

Une fosse plus profonde permet de ralentir les cuissons sur toute leur durée, et aussi de laisser cuire les poteries dans la braise. Non seulement, à température égale, on obtiendra un produit plus résistant parce que cuit plus longtemps, mais en plus si on recouvre la fosse de terre ou de cendres à la fin de la cuisson, on va provoquer un fort dépôt de carbone qui noircira les récipients mais surtout les rendra plus étanches. Si le terrain est humide, on peut déposer un léit de gros cailloux au fond de la fosse, et les préchauffer par un premier feu. Ensuite, le coulis de braises se répandant entre les cailloux assurera une bonne cuisson des fonds de pots.

CUISSONS EN ENCEINTE CIRCULAIRE.

Il arrive parfois que la nature du sol, très sableux ne permette pas le creusage et la stabilisation d’une fosse profonde. Un muret circulaire en torchis (mélange d’argiles, de paille et éventuellement de gravier) sera un parfait palliatif.

 

La cuisson en enceinte simple. Le plus souvent on amasse du combustible au dessus des pièces à cuire. Le coulis de braises élèvera progressivement la température de la charge jusqu’à cuisson. Les céramiques produites avec ce système son généralement assez sombres, la quantité de cendre et de braises maintenue dans le foyer évitant une forte réoxygénation.

Cuisson en enceinte à foyers. Des ouvertures sont ménagées au bas du muret pour l’apport de combustible. La cuisson peut donc se faire « par dessous » comme dans un four à tirage vertical. Dans la pratique, on utilise ce système en combinaison avec le précédent. On préchauffe par le bas, et ensuite lorsque la charge est assez chaude, on peut obturer les foyers et ajouter du combustible directement par-dessus. Par contre si on maintient le tirage, la braise sera rapidement consumée et les céramiques redeviendront claires.

 

Pour en savoir plus,  un livre exceptionnel:

 

HUYSECOM Eric, et al.. Hier et aujourd'hui, des poteries et des femmes : céramiques traditionnelles du Mali. Université de Genève, Département d'anthropologie et d'écologie , Genève, 1996. ISBN 2940002061

 


Les cuisssons en fosse

Cet article est constitué de photos d’archives montrant le déroulement d’une cuisson ouverte en fosse. Les clichés ont été pris lors de plusieurs réalisations, afin d’en montrer au mieux le déroulement.

Première étape : Après avoir préparé, éventuellement séché la fosse, on va  entasser les céramiques en tas, posées sur des cales en ménageant quelques espaces entre elles afin d’assurer le passage du feu et le coulis des braises.

Deuxième étape : Le feu est allumé en six points et maintenu en forme de corbeille, les flammes ne lèchent pas immédiatement les vases, qui seront ainsi progressivement chauffés.

Sur ce cliché nocturne, on voit parfaitement les six feux de départ, qui vont progressivement se rejoindre et former la corbeille enflammée.

Le feu est maintenant continu, assurant le chauffage régulier de la charge à cuire.

Ensuite, on ajoute des bois de plus en plus longs, toujours en respectant la forme du cercle. La puissance de chauffage augmente progressivement.

Progressivement, le bord des vases sera touché par les flammes

Ensuite, le plus régulièrement possible, des bois de plus en plus longs sont ajoutés, de manière à ce que la « corbeille » recouvre progressivement la charge à cuire.

Au dernier stade, le tas est entièrement recouvert. Le préchauffage progressif perment au combustible de s’enflammer très rapidement et provoquera un feu d’enfer, Les flammes peuvent atteindre 5 à 6 mètres et les températures dépasser les 800oC.

Ensuitre, on laisse le feu se calmer, et les céramiques vont progressivement émerger des restes de combustible et de braises.

Si on laisse les vases dans ce milieu, ils redeviendront clairs, rougeâtres ou gris-bruns selon les terres utilisées. On peut aussi les extraire à la perche et les laisser refroidir hors de la braise pour leur donner une teinte régulière.

Mais on peut aussi les rouler à chaud dans des matières organiques, sciure, balle de céréales, feuilles mortes pour les noircir par carburation. Opération assez difficile, il faut extraire les pièces au moment où elles sont le plus chaudes. En été, la température rayonnée est telle qu’il faut parfois se couvrir de tissus détrempés pour éviter brûlures et coups de chaleur !

La combustion des matières organiques peut donner une teinte métallescente aux pots. Ici, une pièce a été enfouie à chaud dans de la sciure. A l’extraction, elle est encore fumante.

La même, quelques minutes plus tard…

Une jarre de style Dogon lors du passage à la sciure

La même, une fois refroidie. Le bonheur…

Cette pièce figure sur le premier cliché. C’est une jarre du premier âge du fer.

La fureur du feu et le calme du Zen…